Amélia Matar, fondatrice de Colori : coder pour les enfants, oui mais sans écran !

Les jouets STEM et le coding dès le plus jeune âge ont le vent en poupe mais comment concilier ceci avec le risque du “trop d’écran” pour les enfants ? Nous avons rencontré Amélia Matar fondatrice de Colori. Cette passionnée de d’informatique et de pédagogie Montessori milite pour une consommation éveillée du numérique pour agir en pleine conscience.

Pouvez vous nous présenter Colori ?

C’est une méthode qui permet d’initier les jeunes enfants à la technologie et à l’informatique, dès trois ans, sans écran et qui s’inspire de la méthode Montessori.

Quelle est l’histoire de la création de Colori ? 

J’ai travaillé pendant plusieurs années dans le milieu des start up numériques/digitales et j’ai vu à quel point ces sujets étaient en train de transformer nos vies, de transformer notre société.

J’ai eu envie que les enfants puissent se saisir de ces sujets pour ne pas être simplement en consommation passive des écrans, mais pouvoir devenir véritablement des acteurs de ces sujets.

Amélia Matar – Colori

Je me suis donc demandé comment est-ce qu’on pouvait initier sans écran le tout jeune enfant qui est hyper curieux et en demande d’apprentissage. C’est comme ça que j’ai créé Colori, en partant du postulat que l’informatique repose sur des concepts qui sont totalement indépendants des écrans et qu’on peut tout à fait manipuler dès 3 ans.

Colori mélange votre passion de l’informatique et la pédagogie Montessori. Pourquoi ce choix ?

Aujourd’hui, la plupart d’entre nous sommes dans une consommation assez aveugle de la technologie et des écrans. On ne sait pas du tout comment ça fonctionne, ce qui se passe quand on clique sur tel lien ou quand on consulte un fil twitter ou Facebook. Je pense qu’un des moyens de redonner du pouvoir aux utilisateurs et notamment aux enfants est de leur expliquer ce qu’il ya derrière l’écran.  Donc, du coup, qu’est ce qu’il y a derrière l’écran ? Il y a des lignes de code.

Pour moi, ce sont devenu des sujets aussi important que l’apprentissage de la lecture ou de l’écriture parce que, véritablement, on en trouve partout dans notre quotidien. L’enfant est constamment confronté à de la technologie, à des écrans et c’est aussi important pour lui de comprendre ce qu’il consomme que de comprendre ce qu’il mange tous les jours…

Amélia Matar – Colori

La pédagogie Montessori a fait grandement ses preuves à travers le monde. Dans de très nombreux pays, on trouve des écoles Montessori qui fonctionnent très bien. On sait que cette pédagogie s’attelle vraiment  au tout petit enfant et lui permet d’entrer dans les sujets et de commencer à travailler dans l’abstraction avec les mathématiques, le français, la géographie… Du coup, cela m’a paru assez naturel de proposer cette pédagogie pour l’informatique.

Vous organisez des ateliers avec des petits à partir de 3 ans. Dans ces ateliers, il ya des filles et des garçons. Est ce qu’il ya une représentativité plus forte d’un des 2 genre ?

Dans nos ateliers, on trouve autant de petites filles que de petits garçons, sans doute un peu plus que plus tard, parce qu’on est encore à des âges où le déterminisme n’est pas encore trop marqué. On n’a pas encore cette idée que l’informatique est réservé aux garçons et que ce sont des mathématiques et que donc forcément, ça va être pour les garçons. Bien au contraire, on a de nombreuses petites filles qui s’amusent énormément et qui prennent beaucoup plaisir dans nos ateliers. Nos ateliers sont ponctués par l’histoire d’Hayo le robot : c’est un petit conte que j’ai  écrit et qui est en librairie. Il met en scène un petit garçon et une petite fille, qui sont représentatifs de ce monde de diversité qu’on peut trouver dans les métiers numériques beaucoup plus tard.

Copyright Colori

Enfants & écrans, où est-ce qu’on en est en France selon vous ?

Je pense qu’on en est aux prémices. Il y a une véritable prise de conscience, notamment des pouvoirs publics, qui, aujourd’hui, font travailler de nombreux experts sur la question du numérique à l’école. De plus en plus, ce sujet est au coeur des débats et au coeur même des programmes de l’éducation nationale. Il y a une réelle prise de conscience. En revanche, je pense qu’on en est au tout début du sujet.

Ce qu’on observe dans les classes, lors des cours Colori, c’est que cela va vraiment au delà de la programmation : on est aussi dans une transmission de la culture scientifique et de la culture du numérique.

Amélia Matar, Colori

C’est donc évidemment le code mais c’est aussi comprendre quels sont les différents composants d’un ordinateur,  comment fonctionne un robot, quelle est l’histoire de la robotique, quels sont les usages, qu’est ce que ça veut dire algorithme. Ce n’est pas simplement programmer quelque chose mais comprendre plus généralement tout un domaine.

Si le ministre de l’éducation vous demandait de concevoir un programme d’éducation au code pour les 3 à 8 ans, par quoi commenceriez vous ?

Je pense qu’un bon exercice pour commencer, c’est de faire prendre conscience à l’enfant de la notion d’algorithme, et de « Je donne une instruction à une machine et la machine exécute précisément l’instruction que je vais donner ». Pour ça, il y a un  jeu très rigolo, où un enfant va être le développeur et l’autre enfant va exécuter le code du premier enfant. Par exemple, le premier enfant va dire : « Va tout droit, tourne à gauche, saute, souris » et le deuxième enfant va exécuter ce programme. C’est intéressant de voir qu’un programme exécute très précisément ce qu’on lui demande et n’a aucune intelligence particulière si ce n’est celle d’exécuter des tâches très basiques.

Qu’avez vous découvert récemment et que vous voudriez nous recommander ?

Il y a un truc génial qui est sorti récemment, et je suis ravie de pouvoir en parler. Linda Liukas qui une développeuse, illustratrice et auteur de livres pour enfants qui a fait beaucoup de livres sur la technologie pour les enfants, lance une série de vidéos à destination des professeurs où elle explique différents concepts informatique que les professeurs vont pouvoir délivrer ensuite aux enfants à travers de petits jeux et ‘activités. C’est pour les 2 à 12 ans, dans mon souvenir et ça s’appelle Love Letters.

Le jouet que vous avez adoré avoir enfant ?

Bon, alors ça va vraiment faire cliché mais l’objet qui m’a le plus marqué dans mon enfance, c’est l’ordinateur. Véritablement. A 12 ans j’avais un ordinateur,  je pense que j’étais assez original à l’école et c’est lié au fait que mon papa était passionné d’informatique et qu’il m’a très tôt mis cet objet entre les mains. Je faisais du Paint à l’époque, je trouvais ça incroyable, personne autour de moi ne faisait de paint. C’est quelque chose qui m’a marqué et voilà et qui est aujourd’hui clairement va constituer un peu le socle de ce que je fais aujourd’hui.

Et justement c’est quoi pour vous transmettre ? Qu’est ce que ça représente ?

Je pense que le « petit loupé » qu’il y a eu dans mon parcours, c’est que j’aurais pu être développeuse, et en fait, quelque part je pense que je me suis mis des barrières par rapport à ce métier que je n’envisageais pas du tout. Je suis allée vers des métiers beaucoup plus « féminins »  – communication, marketing – pour finalement revenir à l’informatique, mais en passant par plein de détours. Dans la transmission aux enfants, ce qui est important, c’est vraiment de laisser toutes les portes ouvertes indépendamment du milieu social, sexe de l’enfant : tout est possible, quelque soit l’enfant.

Pour moi, transmettre c’est ça : rendre le champ des possibles très très grand.

Amélia Matar – Colori

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