Les vêtements pour enfant : du rose et du bleu. Partout.

Qu’on soit parent, oncle, cousine… quand un enfant fait irruption dans nos vies, on découvre – non sans étonnement – à quel point les vêtements pour tous petits sont irrémédiablement genrés. Dès le berceau, il faut ruser pour construire une garde-robe qui ne tourne pas sur la mise en opposition de ces deux couleurs. Et ce n’est que le début…
Mais finalement pourquoi ? Pourquoi doit-on à tout prix afficher le sexe de son enfant ? Qu’est ce que cela signifie et pourquoi doit-on lutter contre ?

Pourquoi habille-t-on nos enfants en rose et en bleu ?

L’histoire rose et le bleu, c’est une incroyable réussite marketing, qui a permis de redonner un souffle à l’industrie textile. Pendant des années, les enfants étaient habillés indifféremment en robes blanches – franchement plus pratiques et confortables que des jeans trop serrés ou des vêtements à 50 pressions ! Les vêtements servaient pour plusieurs enfants, d’autant plus pratique à une époque où le taux de natalité était bien plus élevé qu’aujourd’hui. Oui mais voilà, dans les années 50, on a commencé à faire moins de bébés, et il a fallu trouver comment continuer à vendre tout autant de vêtements malgré cela. Ca a été le début de la personnalisation. Difficile depuis de repasser les vêtements de grande sœur en petit frère, il a fallu multiplier les gardes robes.

Elise Gravel l’a très bien résumé dans sa courte bande dessinée, intitulée « l’histoire des vêtements pour bébés genrés ».

Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation, rapportait également au Parisien l’importance de la médiatisation dans ce process. Dans les années 1950, Grace Kelly devenait maman et affichait au monde entier sa petite fille toute vêtue de rose… de quoi susciter quelques envies, et de répandre cette idée désormais liée au genre.

Pourquoi le rose ?

On ne sait pas vraiment. Longtemps, le rose n’a été considéré qu’une sorte de « rouge clair ». Michel Pastoureau dans Le Petit Livre des Couleurs rappelle que le rose, comme le rouge, était une couleur liée au sang, à la guerre et donc plutôt portée… par les hommes ! Le bleu quand à lui était lié à la Vierge, et donc plutôt féminin.

Même si nous avons du mal à définir à quel moment cette inversion de couleur a eu lieu, c’est bien l’arrivée du marketing et de la publicité qui a progressivement poussé cette idée. Pour les vêtements, les jouets, et tout autre produit à destination des enfants, produite par la société de consommation. L’histoire est passionnant, au point que Jo Paoletti – professeure à l’université de Maryland, en a fait un livre, « Pink And Blue”.

Est-ce vraiment un problème ?

Irrémédiablement, les petits garçons sont habillés en bleu marine, kaki, marron et noir. Ils portent des shorts, des pantalons, des sweatshirts et des vestes avec des camions, des voitures de course, des dinosaures. Les vêtements ont des poches (1, 2, 3…) qui parfois ne s’ouvrent même pas.
Chez les filles, c’est couleurs douces et pastels obligatoires. Avec option flamant rose et arc en ciel. Pas de poche, le plus souvent (ça nous rappelle d’ailleurs quelque chose, cette histoire de poches).

Les vêtements des filles parlent de rêve, de famille, des amis. Ceux des garçons arborent des thématiques liées au courage, à l’intelligence, aux sciences.

Et c’est bien là le problème.

Au-delà du fait de ne pas avoir le droit de porter ce qui nous plait (ce qui – on vous l’accorde – serait déjà discutable), porter des vêtements genrés impliquent les enfants dans des rôles prédéfinis. Les filles sont sages et douces. Elles portent des robes qu’elles ne doivent pas salir. Les garçons, eux, ne peuvent se reconnaître que dans des rôles où l’action prime, et où la force et le courage sont mis à l’honneur.

Difficile de penser une société égalitaire dans un monde où les petits garçons et les petites filles se retrouvent étiquetés avant même d’être en âge de choisir ce qui leur plait vraiment.

Qu’est ce qu’on fait ?

Heureusement, il existe de plus en plus de marques qui s’orientent vers une mode unisexe qui propose des vêtements pour les enfants, quelques soient leur genre. Parce que oui, les petites filles aiment aussi parfois les camions, et les petits garçons les papillons.

Parmi les Made in France, mini ola pour Perpete. Cette marque que nous adorons prouve qu’on n’a pas besoin de genrer les vêtements pour les rendre canons. On ne cite plus l’incroyable Bobo Choses, probablement une des premières marques à avoir pris cette résolution ou encore Bandy Button une marque unisexe très colorée inspirée des 80’s – on craque totalement. Les boutiques Olou et Tootsa proposent elles aussi des collections unisexes. Même Céline Dion s’y est mise fin 2018, avec le lancement de sa marque Celinununu, qui aura permis de mettre en lumière ce genre d’initiative.
Une dernière initiative qui nous parait très interessante aussi est celle de Garçon Milano une marque de vêtements principalement destinés aux garçons proposant des imprimés et des couleurs qu’ils ne trouvent pas généralement (du rose pale, du vert d’eau) et de très beaux tissus. Evidement les vêtements peuvent être portés par les petites filles également !

Voilà de quoi permettre aux enfants de grandir loin des codes des adultes.

Malgré toute l’énergie déployée pour faire évoluer nos enfants dans un univers unisexe, ils seront d’une manière ou d’une autre confrontée à la réalité actuelle qui prône encore trop souvent une segmentation entre les filles et les garçons.

Peut-être l’occasion d’échanger avec eux sur ce en quoi on croit, et ce qui motive nos avis.
On adore les livres qui abordent ces thématiques avec un angle ludique. C’est le cas de Marre du rose avec l’histoire d’une petite fille qui adorerait porter d’autres couleurs, Le Petit garçon qui aimait le rose et Princesse Kevin ouvrent quand à eux le champ des possibles des petits garçons.

Et vous, quels sont les indispensables de votre bibliothèque ?


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