Je suis féministe et ma fille ne veut porter que du rose

Ou comment une petite fille en robe à paillettes m’a fait grandir dans mon féminisme.

Pourtant tout avait bien commencé, ou presque !

Début 2015, je pouponne mon bébé tout de beige et de gris vêtu. Mon entourage est au courant, mon rapport à la féminité n’est pas le sujet dans lequel je suis le plus à l’aise alors ils jouent le jeu en évitant les cadeaux trop genrés.

Avoir une fille n’est pas la chose la plus naturelle pour moi. Je ne maitrise pas les codes féminins, je ne suis pas à l’aise dedans, je ne porte ni robe, ni rose, ni talons. Jamais je ne me suis comportée telle que la société l’attendait d’une fille, encore moins d’une femme. Je ne sais pas comment faire – et on me l’a souvent fait comprendre – alors comment pourrais-je guider cette toute petite fille ?

Heureusement, je sais que je n’ai pas que ça à lui offrir. J’ai toujours évolué dans un cercle ultra bienveillant et stimulant. Suffisamment pour me permettre de remettre en cause ce que la société m’avait donné comme acquis jusque là. Je veux lui offrir ça. La liberté d’esprit, le confort, le mieux-vivre. Et je réalise que pour être capable de l’accompagner, c’est d’abord à moi de cheminer, de déconstruire, d’apprendre. Alors j’ai lu, potassé, débattu…

Me voilà donc avec ma petite fille toute de beige et de gris vêtue, défendant coûte que coûte qu’elle n’avait pas besoin de porter du rose pour être une fille, et qu’elle existait de toute façon au-delà de son genre.

Et cette petite fille grandit. On va chercher des vêtements au rayon garçon comme au rayon fille, j’évite soigneusement les jupes et les robes, privilégie les robots aux princesses. Du rose oui, parfois, tout autant que du jaune, du vert, du bleu, du noir. 

Pailettes

Et puis…
Cette petite fille – qui grandit avec une liberté de penser – se met à avoir un avis (franchement bien tranché) et des préférences. Doucement les robes font leur entrée. Elle développe une fascination pour les poupons. Puis les paillettes. Le doré. Les princesses. Le rose. Partout, tout le temps.

Sauf que moi, depuis tout ce temps, j’ai grandi dans mon féminisme. Je me heurte dans tous les sens à ses envies, je me demande où j’ai laissé glisser le truc, à quel moment la société a réussi à transformer ma petite fille. Je me dis que ça va passer. Mais rien à faire, non seulement elle n’en démord pas, mais c’est presque de pire en pire.

De là, j’ai monté une théorie : les enfants viennent donc sur Terre pour se mettre exactement en dehors de ta zone de confort !

C’est là que je réalise qu’elle a le droit. Que ce n’est pas parce que je n’aime pas le rose et tout ce qu’il représente qu’elle doit le bannir de sa vie. Et que l’accompagner ne signifie pas lui coller mes propres opinions, mais plutôt lui donner les clés pour se forger la sienne.

Nous avons démarré depuis une nouvelle phase, incroyablement riche.

Désormais, je questionne pour l’aider à construire sa pensée, on réfléchit ensemble à ses choix et ce qu’ils signifient. Et puis ça m’a permis de lui expliquer le principe du marketing… #NeverTooYoung

Elle aime les robes – surtout quand elles tournent. Soit, c’est vrai que c’est chouette quand ça tourne. Alors on réfléchit le matin aux activités du jour, on se demande si telle ou telle tenue sera adaptée. Elle fait des compromis, moi aussi.

Déguisement princesse

Elle aime le rose, le brillant, les paillettes. En même temps qui peut résister à ces Tshirts à séquins – boys included ? Je lui demande simplement de ne pas mettre queeee ça, parce qu’il y a plein d’autres couleurs dans la vie. D’ailleurs elle adore le vert aussi.
Elle aime les princesses. Très bien. On en a profité pour aller visiter un château. Et là, stupéfaction, elle a découvert qu’aucune des reines ou impératrices ne portait de rose mais plutôt souvent du bleu.
Et si elle nous demande un dessin animé de princesses, on choisit de préférence un dans laquelle la princesse sait se débrouiller sans prince (coucou Rebelle et La Reine des Neiges).

Moralité du haut de ses 4 ans et demi, ma princesse à paillettes veut devenir docteure. Elle se révolte quand elle ne voit que des hommes dans les livres pour enfants et prête volontiers ses robes qui tournent à ses copains.
Bref ma petite fille s’arme jour après jour pour mettre une claque aux idées préconçues et défendre ses choix.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est qu’elle me fait grandir au moins autant que je le fais pour elle. Qu’en avançant dans mon féminisme, je ne me suis jamais sentie aussi femme. Et que depuis, moi aussi je mets des robes, du rose et des paillettes. Sauf que pour la première fois, je le fais pour moi. Merci de me rappeler que c’est chouette de s’assumer et s’affirmer, ma grande petite fille.

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