Anne-Sophie Vidal : cuisine et féminisme

Entretien avec Anne-Sophie Vidal, pâtissière, auteure et influenceuse. Elle nous parle de sa passion pour la cuisine, de son engagement au sein des Nanas de Paname et de la difficulté d’élever ses enfants, surtout une fille, à notre époque.

Quand as-tu commencé la pâtisserie et en as-tu fait ton métier ?

J’ai lancé mon blog de cuisine il y a une dizaine d’années mais c’est vraiment au moment où j’ai fait le meilleur pâtissier que je me suis lancée professionnellement dans cette voie. Ça a donc complètement basculé vers le sucré et maintenant c’est pâtisserie, pâtisserie, pâtisserie !

Qu’est ce qui t’a donné envie de faire ce que tu fais aujourd’hui ?

Je suis assez gourmande, c’est donc clairement ce qui m’a poussé vers la pâtisserie ! Et le travail d’influenceuse me plait beaucoup parce qu’il demande de la créativité, il me permet de pouvoir inventer plein de recettes différentes.

Création de Anne Sophie Vidal
Anne Sophie Vidal de fashion cooking

Qu’est ce que c’est d’être une femme dans le milieu de la pâtisserie ?

Il se trouve que je ne suis pas cheffe pâtissière donc je ne pense pas subir le type de stéréotypes qui sont présents dans les cuisines professionnelles pour les pâtissiers et pâtissières.  Je n’ai rien eu à prouver par rapport à mes pairs. C’est plutôt sympa et j’aime voir mon métier sous cet angle. 
Je ne suis pas cheffe professionnelle, je propose des pâtisseries accessibles à tous. Pour moi, c’est vraiment très important de proposer des choses que les gens peuvent faire à nouveau chez eux et pas des pâtisseries de pâtissier.

Est-ce que tu pâtisses avec tes enfants ? 

Je pâtisse pas mal avec mes enfants. En fait, j’ai toujours un gâteau en cours de préparation. Dès qu’ils me voient cuisiner et qu’ils ont envie de m’aider, ils sont toujours les bienvenus. Je prépare un peu les ingrédients pour que ce soit plus facile pour eux et qu’ils aient seulement à faire les mélanges. C’est vraiment satisfaisant pour eux de voir le résultat à la sortie du four. Je trouve que c’est une activité de partage très agréable, très gourmande !

Anne Sophie Vidal en famille
Anne Sophie Vidal de fashion cooking

Partages-tu autant avec ta fille que ton fils autour de la pâtisserie ?

Mon fils est encore un peu petit, c’est pour ça qu’il participe un peu moins mais pour le moment, il est aussi content que ma fille de pâtisser. Mais il est aussi plus gourmand et donc beaucoup moins patients quand les gâteaux sont au four (rire).

Quelle éducation as tu envie de donner à tes enfants ?

J’ai toujours cherché à faire le moins de différences possible dans l’éducation de mes enfants. Ça a commencé avec ma fille. Je suis un petit peu allergique au rose, peut-être un peu trop. C’est d’ailleurs un comble parce que je fais des pâtisseries roses à longueur de journée mais ma fille n’a pas porté un seul truc rose de toute sa petite enfance. Je l’habille de façon mixte parce que j’avais vraiment pas envie qu’elle subisse les stéréotypes de la fille. Malheureusement j’ai été rattrapé par la société et dès qu’elle est rentrée à l’école, la Reine des Neiges et les princesses sont arrivées. Ça me peine beaucoup parce que ce qu’on peut faire dans le cadre familial est assez restreint, on se fait vite rattraper par le reste. 

Par contre, j’essaye vraiment au quotidien de ne faire aucune distinction dans les tâches que je leur demande. D’ailleurs, mon fils voit déjà l’exemple de mon mari qui m’aide énormément, on a vraiment un beau partage des tâches dans la famille donc je pense que finalement c’est ça qui donnera plus l’exemple aux enfants.

Il y a juste une chose importante, c’est que de par par ma profession, je suis à la maison et je cuisine. C’est vraiment le stéréotype de la femme dans toute sa splendeur et ça a mis un peu de temps avant que ma fille comprenne que c’était un travail. C’était assez amusant parce qu’au départ elle disait : ”Papa il fait quoi ? Il travaille ? Moi aussi je veux travailler comme papa”. Mais avec le temps elle a compris que moi aussi je travaille. Elle m’a dit récemment qu’elle aimerait bien faire le même travail que moi. Evidemment, je ne cherche pas du tout à ce qu’elle fasse le même travail que moi mais ça me fait plaisir qu’elle ait compris que j’ai un travail moi aussi et qu’il n’y a pas de stéréotypes.

Création de Anne Sophie Vidal
Anne Sophie Vidal de fashion cooking

Est-ce que / qu’est-ce qui a changé dans ta façon d’être féministe depuis que tu es devenu maman ?

J’ai toujours eu pas mal d’ambition professionnelle et le fait d’avoir des enfants a changé un peu ma façon d’être féministe, dans le sens où je suis un petit peu plus souple sur le rôle que doit avoir la femme. J’ai vraiment envie que la femme puisse faire ses propres choix, quels qu’ils soient. Ce qui est le plus important pour moi, c’est que quand une femme fait un choix, il soit reconnu par par la société, par exemple au niveau des salaires. Alors qu’avant j’avais plus l’image que pour être féministe il fallait avoir une carrière, un travail, alors que je suis sûre qu’il y a d’autres formes de féminisme. On peut très bien choisir d’élever ses enfants et de ne pas travailler. C’est aussi une forme de féminisme. Il faut que les femmes aient le choix. Et les pères aussi d’ailleurs !

Est-ce qu’en tant que féministe ça a été plus de questions pour toi d’avoir un garçon qu’une fille ?

J’ai eu un garçon et une fille et ça a été plus dur pour moi d’avoir une fille parce que je trouve que justement on ne peut pas vraiment lutter contre son environnement. Alors que pour mon garçon je suis justement assez fière de me dire que je suis en train d’éduquer un futur bon père, mari, citoyen, en lui montrant grâce notamment à mon mari qui donne l’exemple. Finalement, mon mari ne se dit pas féministe mais il l’est. Ça me semblait donc assez logique que mon fils le devienne.

Quand as-tu rejoins les Nanas de Paname ? Qu’est-ce qui te plait dans ce collectif, qu’est ce qu’il t’apporte ?

J’ai rejoint les Nanas de Paname il ya deux ans quand je suis rentrée à Paris parce qu’avant j’étais à Londres. Ça me tenait vraiment à coeur de rejoindre ce collectif qui cherche à mettre en avant toutes les féminités, toutes les façons d’être une femme dans la société.
Il y a justement plein de femmes qui viennent d’environnements différents, des artistes, des maquilleuses, des cheffes, tout plein de profils qui prouvent qu’on peut être féministe, entrepreneuse et créative dans tous les domaines. Je suis vraiment contente d’adhérer à certaines campagnes qu’elles font pour la meilleure représentation du corps de la femme, briser le tabou des règles… Il y a plein de choses pour lesquelles elles se battent. Je suis vraiment contente de faire partie de ce collectif !

Y a-t-il un livre ou un podcast que tu aimerais partager avec nous ?

J’aime beaucoup le podcast bliss qui parle de maternité. J’ai d’ailleurs participé à un épisode du podcast, sur mes deux accouchements qui avait été très différents. L’un avec péridurale, un peu subi, et l’autre naturel pour lequel j’avais vraiment choisi mon projet de naissance. C’est vraiment un podcast qui fait bouger les choses sur le sujet de la maternité parce que les femmes ont besoin d’informations et c’est ça qui leur redonne le pouvoir dans leur accouchement.

Un jouet que tu as rêvé d’avoir ou que tu adorais quand tu étais petite ? Un jouet que tes enfants ont ?

Un des gros dilemme dans l’éducation de ma fille, c’est que je lui ai acheté tous les types de jouets, comme à mon fils d’ailleurs, il joue sans problème avec les poupées de sa soeur. Mais, à ma fille, j’avais acheté des petites voitures, j’avais vraiment tout fait pour qu’elle ait le choix et je voulais vraiment éviter qu’elle ait des barbies. Bon, évidemment elle en a eu. C’était finalement un peu dur de le lui refuser parce que je me rappelais que je rêvais moi-même d’avoir des barbies. Donc, c’est pas évident de se dire que je l’empêche d’avoir quelque chose dont elle a très envie et que moi-même j’ai adoré avoir. C’est vraiment pas simple d’être une mère à notre époque et de devoir trancher pour les enfants. On fait au mieux mais ce qui est important pour moi c’est de proposer tous les types de jouets. J’adore particulièrement les jouets mixtes que je trouve vraiment sympas, et encore mieux, ceux avec lesquels on peut jouer ensemble, c’est vraiment top. 

Quels sont les jouets de tes enfants que tu adores et celui que tu peux pas supporter ?

Le jouet de mes enfants que j’adore, ce sont les Duplo !  C’est vraiment génial parce que c’est mixte, il y a toutes les couleurs, c’est pas rose et en plus ils jouent ensemble donc ça c’est vraiment chouette. 
Sinon, personnellement je déteste les jouets qui font du bruit et j’ai un peu de mal avec les jouets qui donnent un rôle aux garçons et aux filles. Donc, quand ma fille me demande “Pourquoi on peut pas déguiser Albi en princesse ?”, je lui répond qu’il n’y pas de problème et qu’Albi a le droit de se déguiser en princesse. Il arrive régulièrement déguisé en Reine des Neiges, ou un autre déguisement que sa soeur aura décidé de lui faire porter. Et je trouve ça très sympa. S’il a envie d’essayer du vernis à ongles parce qu’il veut faire comme moi, il essaye. C’est pareil pour ma fille, si elle a envie de se déguiser en pompier, je trouve ça génial, j’essaie vraiment de leur dire qu’il n’y a de rôle attitré à personne.

Ton coup de gueule du moment ?

Je viens de participer à une campagne avec les Nanas de Paname sur les cicatrices. Parce qu’il n’y a pas que le poids ou la couleur de peau qu’on peut avoir du mal à accepter. Il faut accepter son corps dans toute sa beauté et ses imperfections.

Ce que tu aurais aimé qu’on te transmette étant petite ?

J’ai eu la chance d’avoir l’exemple de ma mère qui a très bien réussi professionnellement et c’était vraiment enrichissant pour une petite fille de voir que tout est possible quand on en a envie, même quand on est une femme.

Si tu devais donner un conseil à un enfant aujourd’hui ce serait quoi ?

Je veux transmettre aux enfants d’aujourd’hui de vraiment de croire en leurs rêves et que rien n’est impossible, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, quel que soit leur profil ou leur genre. Il n’y a aucune barrière !


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